TIEFSCHWARZ STORY

Souvenir, souvenir
En 2007, les frères Schwarz fêtent leurs dix ans d’activisme acharné dans la musique électronique. Pour l’occasion le célèbre duo teuton s’offre une tournée mondiale, dont un passage au Dirty Dancing le 26.05 prochain, et une double compilation sur leur propre label Souvenir qui devrait faire beaucoup de bruit. En dix ans, Tiefschwarz a suivi toutes les tendances à tort ou à raison, de la house à la minimale en passant par l’électroclash. Notons deux albums remplis de featurings (The Rapture, Chikinki, Tracey Thorn), une floppée de remixes très (trop ?) joués (Spektrum, DJ Hell, Goldfrapp, Chicks on Speed, etc) et des résidences dans des clubs comme le Fabric à Londres, le Weekend à Berlin et le Robert Johnson de Francfort, rien que ça. Petit conseil : si vous allez les voir au Dirty Dancing, venez tôt, leur set devrait durer 5 heures...




L'INTERVIEW : INTO THE GROOVE
Mai 2007 n'est pas un mois comme les autres pour Tiefschwarz. Le célèbre duo allemand fête ses 10 ans d'existence sur la scène électronique. Un anniversaire que les deux frères ont décidé de fêter comme il se doit, avec la sortie d'un double CD (voir chronique) et un set exceptionnel au Dirty Dancing à Bruxelles (voir plus haut). Rencontre avec Ali, moitié de Tiefschwarz, pour faire le point sur le chemin parcouru.

let’smotiv : Vous fêtez cette année les dix ans de Tiefschwarz, une longévité plutôt remarquable pour un duo de musique électronique. Parlons de vos débuts et de votre évolution. Qu’est-ce qui vous a amené à travailler ensemble, entre frères ?
Tiefschwarz : Nous avons décidé de travailler ensemble assez naturellement, sans nous poser de questions. Au début des années 90 nous travaillions tous les deux dans des clubs, je mixais en tant que résident et Basti taquinait aussi les platines de temps en temps. En 1994, il travaillait pour un studio, dans lequel nous nous sommes rendus souvent par la suite. Ce qui a consolidé notre duo, ce sont les voyages ensemble, notamment lorsque nous allions mixer dans des clubs aux quatre coins de l’Allemagne ou à l’étranger. On a fondé le duo Tiefschwarz parce que ça marchait bien entre nous. On s’entend très bien et en plus nous sommes sur la même longueur d’onde en ce qui concerne le travail et la musique.

lm : Justement, vous est-il arrivé d'avoir des difficultés à travailler ensemble parce que vous étiez trop proches ?
T : Et bien non, pas vraiment. Nous avons une relation qu’on peut qualifier de constructive : nous sommes des êtres humains, pas des machines. Nos rapports évoluent naturellement et peuvent changer mais c’est à nous de faire en sorte que ce duo fonctionne. Nous ne sommes pas prisonniers de notre « fraternité ». On se dit tout ou on essaye en tout cas, et on cherche à avoir une relation enrichissante.

lm : Vous avez commencé en tant que DJ au début des 90’s puis vous avez composé des morceaux avec la formation Tiefschwarz, en continuant à mixer en club. Comment envisagez-vous votre futur ? Continuerez-vous toujours à exercer ces deux activités ?
T : Honnêtement, on adore mixer, on prend notre pied à voir la foule danser, crier et lever les bras pendant nos sets ! On ne devrait pas arrêter de sitôt le travail de DJ. Evidemment, il y a des hauts et des bas. Soit on tourne un peu partout en enchaînant les dates, soit on se fait plus rares, mais on ne se voit pas continuer Tiefschwarz sans cultiver le deejaying. En plus, en set, nous nous complétons très bien, nous avons une dynamique propre à notre duo. Pour autant, nous allons peut-être plus nous pencher sur la production après la tournée de la compilation de nos dix ans. Il faut avouer que mixer à longueur de semaine, c’est épuisant ! À la manière d’un groupe de rock qui regrette la scène quand il enregistre, nous avons envie de mixer lorsqu'on est en studio et inversement, nous avons envie de composer quand on tourne en club.

lm : Allez-vous consacrer plus de temps à votre label Souvenir ?
T : Oui certainement, on y tient. L’envie de fonder un label ces dernières années est venue naturellement, et il s’est avéré que c’était le bon moment. On gagne en indépendance et c’est un moyen pour nous de mettre en œuvre notre réseau de relations dans le milieu musical. On a fondé Souvenir avec Arthur Vélasquez, c’est un très bon ami, on se complète beaucoup. Notre objectif avec le label est de promouvoir de nouveaux talents, de servir de plateforme à nos amis qui composent eux aussi et d’être indépendants. On se met à l’heure des nouvelles technologies de l’information, nous voulons y jouer notre propre rôle. Nous aimerions être un troisième choix pour les producteurs déjà confirmés et pour les petits nouveaux.

lm : Vous avez entendu, suivi et expérimenté beaucoup de courants musicaux et particulièrement avec la musique électronique ces 20 dernières années. Il est toujours difficile prédire l’avenir de l’électro mais à quoi vous attendez-vous ? A toujours plus de « minimalisme », un retour aux origines techno ou à une diversification plus large de la musique ?
T : On ne pense pas que la musique électronique se focalisera particulièrement sur la minimal. D’ailleurs, ce sous-genre a déjà bien évolué, on ne compose déjà plus la minimal comme avant. Un retour aux origines serait surprenant et malvenu pour un genre musical tourné vers l’avenir. En revanche, la diversification, les mélanges, les croisements, l’expérimentation, tout ce qui pousse la musique plus loin, devrait s’imposer dans les années à venir. Personnellement, on pense que le groove et ce que l'on retrouve fondamentalement dans la house, les basses, le rythme, la danse, le son « housy », reviendront de manière encore plus prégnante dans les productions. C’est la base de tout le son électronique, tout vient de là, la structure de base d’un morceau est « housy ». Il faut aussi envisager l’apport de la technologie : aujourd’hui on vit dans l’ère du digital, les univers se croisent et tout le monde a accès au savoir et à la culture, n’importe qui (tant qu’il n’est pas entièrement stupide) peut créer de la musique électronique avec son ordinateur et Internet. C’est une évolution qu’il faut donc prendre en compte.

lm : Quelle orientation prendrez-vous pour vos propres productions ?
T : Nous ne pensons pas suivre une tendance en particulier. Nous souhaitons aller de l’avant et non regarder derrière nous. Notre son devrait être plus orienté house et dédié à la fête, aux clubs.

lm : Parlons de votre actualité. Vous êtes en tournée à partir du mois de mai et vous faites escale le 26 mai au Dirty Dancing à Bruxelles. À quoi pouvons-nous nous attendre ?
T : À un très long mix au cours duquel on se permettra d’aller où l’on veut, pour aborder divers genres et sous-genres musicaux. Nous ne serons pas limités par le temps, on emmènera le public dans notre univers sans être obligé de balancer des morceaux de tueurs toutes les 5 minutes comme dans un set de 2 heures. Nous resterons cohérents, notre inspiration nous guidera, on espère que le public nous suivra.

lm : Vous sortez une double compilation rétrospective en mai, dont le premier CD est un mix assez étonnant : la sélection est très éclectique et explore des genres rarement liés à l’électronique, les morceaux se complètent mais ne se ressemblent vraiment pas et certaines transitions sont assez inattendues ! Que souhaitez-vous exprimer dans ce mix ? Où voulez-vous emmener l’auditeur ?
T : Ce mix est en quelque sorte notre testament. Bizarrement, il a été plus facile à faire que les précédents. Il ne s’agit pas d’un mix entièrement « dancefloor » comme celui qu’on a réalisé pour la collection Fabric. Cela ressemble plus à un DJ Kicks : on y dévoile nos coups de cœur (Sébastien Tellier, Marianne Faithfull, Flash and The Pan et Ralphi Rosario dont nous sommes des fans absolus), sans pour autant délaisser l’électro actuelle (DJ Koze, Mia, MyMy, Donnacha Costello, Brooks, etc) et en gardant toujours en vue l’esprit « house » qu’on aime par-dessus tout dans le genre. On en a profité pour placer quelques exclusivités comme le morceau de Cortney Tidwell (qui devrait selon nous devenir une future Björk) et un remix du prolixe mais toujours aussi talentueux Carl Craig. Nous avons conçu un mix qui vaille vraiment le coup d’être acheté, un CD qu’on peut écouter autant chez soi qu’en soirée ou en déambulant avec son I Pod. On l’a construit pour qu’il soit profond et pas pour qu’on l’oublie dans 6 mois. Notre objectif est de faire ressentir à l’auditeur les possibilités de la « dance music », montrer un genre ouvert, sans restriction. C’est pourquoi nous avons condensé beaucoup d’émotions dans ce CD, chaque piste a sa « personnalité », elles se différencient les unes des autres et se complètent à la fois.

lm : Un dernier petit conseil pour nos lecteurs : les clubs que vous préférez et les meilleures soirées ?
T : Notre club de cœur est le Robert Johnson de Francfort, pour son public, son ambiance, sa sono d’une qualité rare, sa décoration surprenante et surtout pour la qualité de sa programmation. Du même acabit, on conseille aussi le Weekend à Berlin, le Fabric, incontournable, et le D-Edge à Buenos Aires, pour sa déco magnifique où le néon est roi et pour sa chaude ambiance on ne peut plus dansante...

DIRTY DANCING PRESENTS TIEFSCHWARZ STORY : 5 HOURS SET
le Samedi 26 mai
lieu DIRTY DANCING (BRUXELLES)





Fabien Kratz


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    http://www.tiefschwarz.net

 

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