Kunsten Festival : Bruxelles sur scène
Pendant près d’un mois, des plasticiens, chorégraphes, metteurs en scène et vidéastes investissent une vingtaine de lieux de la capitale belge. Des nouveaux sites culturels aux grandes scènes nationales, des bars au palais des beaux-arts, le programme du Kunsten nous incite à explorer la ville mais aussi la création artistique contemporaine. Un festival innovant et cosmopolite qui n’a rien perdu de ses ambitieux partis pris de départ.
Il y a 14 ans, Frie Leysen prenait à rebrousse-poil les tensions croissantes entre francophones et flamingants. Elle créait un festival international unique en son genre : un festival bilingue, cofinancé par les deux communautés, mené par une équipe mixte, unissant toutes les institutions culturelles de la capitale. Aujourd’hui, ce projet fédérateur, désormais mené par Christophe Slagmuylder, prouve plus que jamais sa raison d’être. Provoquer la rencontre, le dialogue autour de pratiques artistiques variées, voilà une des ambitions du festival. Mais ce n’est pas la seule. Le Kunsten se veut également « un festival de découverte, qui fait honneur à un public de curieux », comme le précise Anne-Sophie Van Neste, membre de l’équipe organisatrice depuis cinq ans. D’où le peu d’artistes connus et reconnus dans la programmation. D’où l’importance accordée à la création : sur 31 projets, 15 naissent pendant le festival.
L'audace comme maître-mot
« La prise de risque est une dimension très importante du Kunsten » rappelle Anne-Sophie Van Neste. Et en effet, beaucoup d’artistes présents cette année ont été révélés par le festival ou y font leurs premiers pas. C’est le cas, entre autres, de Kris Verdonck, jeune artiste flamand que le Kunsten suit depuis ses débuts. C’est également celui du Japonais Toshiki Okada, qui a remporté un vif succès l’année dernière. Encourager la nouvelle génération, susciter la rencontre entre des artistes européens et non européens, favoriser le mélange de différentes formes d’expressions artistiques… Avec de tels objectifs, on comprend mieux l’éclectisme de la programmation. Pour autant, plusieurs thématiques marquent cette édition, notamment la déchéance du monde. Celle-ci est annoncée dès la pièce d’Heiner Goebbels, qui inaugure l’évènement. Dans Stifters Dinge, l’auteur compositeur allemand propose une oeuvre presque apocalyptique « où la lumière, les écrans, les pianos, les machines, les interviews et textes lus se substituent aux acteurs ». Une façon d’incriminer l’homme de la dégradation de la planète. Ces visions de déclin traversent également le théâtre de Kris Verdonck, de Béatrice Catani, ou encore la performance d’Isabelle Dumont, Annick Leroy et Virginie Thirion.
Vous avez dit nation ?
Deuxième ligne force, les interrogations liées à l’identité, au sentiment d’appartenance. Des questions qui entrent particulièrement en résonance avec le contexte politique belge: « Beaucoup se demandent : Est-ce que j’appartiens à une communauté culturelle précise ? Est-ce que mon pays est une nation ? À partir de quand j’appartiens à une communauté et pourquoi ? » commente Anne-Sophie Van Neste. La thématique est déclinée, des récits les plus intimistes aux installations les plus audacieuses. Australien d’origine chinoise, William Yang confie son désarroi de se sentir étranger partout, chez lui, comme en Chine, où il est allé en quête de ses racines. Le Belge Koen Theys s’attaque aux symboles de la nation : une trentaine d’acteurs doivent incarner les personnages d’un célèbre tableau de l’indépendance belge. Le temps d’un soir, ils se figent dans la pose héroïque de leurs aïeux. Et ce, sur une place hautement symbolique : la place des Martyrs, morts pour la patrie. Inutile de dire qu’avec le titre de sa pièce, Dying as a country, la démarche du grec Michael Marmarinos est également assez explicite. Dans le foisonnement des créations, beaucoup invitent à la réflexion, certaines questionnent la mondialisation. D’autres explorent juste les frontières de leur discipline artistique. Pour nous, en tout cas, c’est un festival à Kunstomer sans modération !
> Kunstenfestivaldesarts
du 9 au 31 mai à Bruxelles
L'audace comme maître-mot
« La prise de risque est une dimension très importante du Kunsten » rappelle Anne-Sophie Van Neste. Et en effet, beaucoup d’artistes présents cette année ont été révélés par le festival ou y font leurs premiers pas. C’est le cas, entre autres, de Kris Verdonck, jeune artiste flamand que le Kunsten suit depuis ses débuts. C’est également celui du Japonais Toshiki Okada, qui a remporté un vif succès l’année dernière. Encourager la nouvelle génération, susciter la rencontre entre des artistes européens et non européens, favoriser le mélange de différentes formes d’expressions artistiques… Avec de tels objectifs, on comprend mieux l’éclectisme de la programmation. Pour autant, plusieurs thématiques marquent cette édition, notamment la déchéance du monde. Celle-ci est annoncée dès la pièce d’Heiner Goebbels, qui inaugure l’évènement. Dans Stifters Dinge, l’auteur compositeur allemand propose une oeuvre presque apocalyptique « où la lumière, les écrans, les pianos, les machines, les interviews et textes lus se substituent aux acteurs ». Une façon d’incriminer l’homme de la dégradation de la planète. Ces visions de déclin traversent également le théâtre de Kris Verdonck, de Béatrice Catani, ou encore la performance d’Isabelle Dumont, Annick Leroy et Virginie Thirion.
Vous avez dit nation ?
Deuxième ligne force, les interrogations liées à l’identité, au sentiment d’appartenance. Des questions qui entrent particulièrement en résonance avec le contexte politique belge: « Beaucoup se demandent : Est-ce que j’appartiens à une communauté culturelle précise ? Est-ce que mon pays est une nation ? À partir de quand j’appartiens à une communauté et pourquoi ? » commente Anne-Sophie Van Neste. La thématique est déclinée, des récits les plus intimistes aux installations les plus audacieuses. Australien d’origine chinoise, William Yang confie son désarroi de se sentir étranger partout, chez lui, comme en Chine, où il est allé en quête de ses racines. Le Belge Koen Theys s’attaque aux symboles de la nation : une trentaine d’acteurs doivent incarner les personnages d’un célèbre tableau de l’indépendance belge. Le temps d’un soir, ils se figent dans la pose héroïque de leurs aïeux. Et ce, sur une place hautement symbolique : la place des Martyrs, morts pour la patrie. Inutile de dire qu’avec le titre de sa pièce, Dying as a country, la démarche du grec Michael Marmarinos est également assez explicite. Dans le foisonnement des créations, beaucoup invitent à la réflexion, certaines questionnent la mondialisation. D’autres explorent juste les frontières de leur discipline artistique. Pour nous, en tout cas, c’est un festival à Kunstomer sans modération !
> Kunstenfestivaldesarts
du 9 au 31 mai à Bruxelles
Judith Oliver
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