INTERVIEW : SEBASTIEN TELLIER

Demi-molle
Sexuality.
C’est le titre sobre du troisième album de Sébastien Tellier, ce curieux barbu qui est parvenu à imposer une Ritournelle au piano en pleine vague électronique. À le voir prendre la pose dans son costume de proxénète, on s’attendrait à ce que Sébastien Tellier nous parle de sexe à gros coups de beat racoleur. Mais non. Sous ses dehors crânes, c’est un lover fleur bleue, dont l’album concept se perd malheureusement dans une torpeur postorgasmique qui peine à susciter l’excitation. Il en parle cependant fort bien.

Pourquoi avez-vous décidé de travailler avec Guy-Manuel de Homen- Christo, membre de Daft Punk ?
Très naturellement. C’est une des rares personnes que je respecte réellement dans le milieu de la musique, c’est une référence totale. Pour cet album, j’ai ressenti le besoin d’avoir à mes côtés un producteur qui m’aide à créer le disque. Ce ne pouvait pas être quelqu’un d’autre que Guy-Man. Discovery est mon album préféré de musique française. ça a été une révolution dans la musique moderne, c’est ce qui a influencé la culture musicale d’aujourd’hui.C’est toute la puissance psychologique des Daft : ce qui est plus intéressant que leur succès même, c’est leur présence, le
fait qu’il soit impossible d’ignorer qu’ils sont là.

À propos du titre Elle, vous avez dit « C’est la chanson Rox & Rouky de l’album ». Pensez-vous vraiment qu’ils aient couché ensemble ?

Non ! Je voulais parler de la complicité qui lient les amoureux. L’amour, le sexe, c’est aussi la tendresse. Je trouve que la culture moderne restitue le sexe comme quelque chose de sophistiqué, d’autoritaire, de dominant. On oublie le côté doux, érotique du sexe, celui qui fait les meilleures parties de jambes en l’air.

Dites donc, vous ne seriez pas un peu exhibitionniste?
Ca dépend : je ne montrerais jamais un téton, comme Calogero l’a fait. Mais je suis exhibitionniste del’esprit, de mon évolution psychologique*.

Quelle est votre vision de la sexualité ?
C’est une grande cour de récréation, l’endroit où on peut être soi-même. Après mon album Politics, j’avais l’esprit libre, je pouvais penser à ce que je voulais : j’avais envie de penser au sexe. On peut avoir des tas de passions, les maths, le bowling, le deltaplane, mais finalement, rien n’est mieux que le sexe. Et je trouve que la vraie réalité du sexe n’est jamais utilisée, pas la vision romantique. C’est juste magistral, magique, ça amène plus loin que n’importe quel film ou tableau. Il y a un vrai trip dans le sexe, plus encore que dans l’art, qui déconnecte de la réalité. Le sexe est sans référence, c’est la liberté.

Quelle est, pour vous, LA chanson érotique ?
69 année érotique. Le tube de Lucio Battisti, Ancora tu. L’album Faith de George Michael, celui sur lequel il y a I want your sex. Les duos de Diana Ross et Marvin Gaye. Et aussi des réminiscences de musiques de films érotiques, des souvenirs indéfinissables.

Divine est dédiée aux Beach Boys.
Les Beach Boys sont inscrits dans la sexualité mondiale. La découverte de la sexualité, c’est la plage, les filles en bikini, les premiers émois. Un trip fun, celui de la chaleur humaine de la plage, de l’excitation de la nudité.

Kilometer, elle, sembleun clin d’oeil à Kraftwerk.
Oui, et à l’endurance ! On peut faire du sexe avec sensibilité, avec noblesse, néanmoins il faut durer longtemps. Si ça va trop vite, ce n’est pas amusant. Le plaisir vient de la longueur des préliminaires. Et puis ce titre c’est aussi cette idée scientologue de la route qui mène à l’avenir, borne après borne.

L’amour et la violence, vous les voyez vraiment liés ensemble?

Non, pas du tout, ce sont des opposés. L’amour est  sans violence, la violence est sans amour. Mais pour moi, les changements de vie sont venus ou de l’amour ou de la violence. C’est ce qui a guidé ma vie. Et je vis les deux. J’ai été violent, je le regrette La violence m’a autant choqué, déstabilisé que l’amour. Mais pas du tout pour les
mêmes raisons…

* Tu parles : dans le dossier de presse, on apprend des choses plutôt croustillantes
sur les ébats estivaux de Monsieur Tellier…


Nouvel album : Sexuality (Record Makers)
En concert le 12.05, à Tourcoing, Le Grand Mix et le 13.05, à Bruxelles au Botanique



Propos recueillis par Olivia Volpi



 

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par vincenosaur le Lundi 03 mars - 18:18:21

Merci pour cet intervew qui par la finesse de ses questions aussi originales que poignantes, dresse un tableau pour le moins intéressant, et on sent bien que le courant semble être bien passé entre la journaliste et l'artiste. J'adore l'astérisque en douce à la fin. :)

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