BOMBAY MAXIMUM CITY

Bombaysers du Tri Postal : le lieu emblématique de Lille 2004 prend les couleurs de l'Inde et plonge le visiteur dans l'ambiance chaleureuse et foisonnante de Bombay, une « ville tentaculaire » contemporaine.

D'emblée, le ton est donné. Dès les premiers pas sur l'exposition, les flots lents de Marine Drive, installation vidéo de Ashok Sukumaran, invitent à la contemplation tandis que plus loin bruisse déjà la ville sans sommeil. Et toujours ce contraste demeure, tant dans la construction de l'exposition que dans les oeuvres elles-mêmes. Les photographies de Raghubir Singh et celles de Ketaki Sheth, prises sur le vif dans les rues bondées, à la fois banales et tragiques, côtoient une installation sur le mariage arrangé (les photographies de Rajesh Vira oscillent entre une heureuse sérénité et la hâte fébrile des ouvriers préparant la cérémonie). La vidéo de Julian Rosefeldt (Lonely Planet, 2006) présente le parcours ubuesque d'un « touriste » confronté aux clichés indiens sur fond de chants bollywoodiens; celle de Sonia Khurana met en parallèle un chien déchiquetant un morceau de viande et un garçon plumant un poulet....

CONTRADICTIONS
Et c'est donc cette vision que retient à la sortie le visiteur ébahi : une ville tout en contrastes et en résonnances, avec une logique propre qui n'en est pas une, avec ses enfants des rues (Flower child, Valay Shende), son luxe tout en apparences tapageuses (depuis ces affiches bollywoodiennes jusqu'à cette salle de bain dorée) et l'extrême violence de sa vie quotidienne. Le bidonville en miniature de Hema Upadhyay et les flacons de « sang » de Shilpa Gupta en disent plus long sur la misère et la crainte des attentats que la plupart de nos journaux télévisés occidentaux...

VIVRE L'INSTANT
Au-delà de ses difficultés permanentes, de son engorgement dû à la surpopulation, de sa gestion approximative de la pauvreté, ou encore de ses extrémismes, Bombay vit pourtant, et à toute allure. La plupart des oeuvres insistent sur cette urgence, sur ce foisonnement de chaque instant. Les installations elles-mêmes témoignent de cet inextinguible instinct de vie. Mumbai est à la fois une mégapole comme une autre et à nulle autre pareille. Les arts qu'elle produit et qu'elle inspire témoignent du potentiel créatif dont elle est gorgée.

Hélène Mercier





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